SUPERNOVA_web

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TALM Performance Supernova

Supernova

Supernova

Performance, Vendredi 12 Avril 2013 à 21h, Abbaye du Ronceray, Angers

Oeuvre réalisée avec les étudiants de l’Ecole supérieure des beaux-arts d’Angers – résultat du workshop “Supernova” mené par l’artiste Ludwig, dans le cadre de l’atelier “Couleurs : la lumière en morceaux” dirigé par Hélène Mugot.

Pour Héraclite, l’esprit est une “étincelle de l’essence stellaire”. L’essence ici, prend feu : nous passons d’une logique de la substance à celle de la combustion. Une supernova ne désigne pas un objet mais un processus : il s’agit de l’ensemble des phénomènes qui accompagnent l’explosion d’une étoile massive qui, après s’être effondrée sur elle-même, projette dans l’espace ondes cataclysmiques et jets de matières à très hautes énergies. Les supernovas sont les à-coups ponctuels qui ont permis – par chocs déments – la réorganisation des particules élémentaires en atomes « lourds », la complexification de ce qui n’était avant ça qu’un grand nuage d’hydrogène et d’hélium. L’argon, l’or, les livres et l’informatique quantique à venir sont les produits de ces déferlantes cosmiques. La matière, par jeu de collisions et hybridations, à travers la grande mécanique des métamorphoses, se retrouve projetée en des parages délirants.

Nicolas Bourriaud dans son texte Radicant, au sujet de Victor Segalen, rappelle qu’il « place au-dessus de toute autre faculté celle de pouvoir accepter l’impénétrable, l’incompréhensible, l’illisible sous la forme d’une perception aïgue et immédiate ». Cette figure du radicant décrite par Bourriaud, empruntant ici à Segalen le goût du divers insondable, engage l’artiste dans un « grand rapport », un « programme de traduction », une radicalisation de la perception des flux et des expériences interconnectées – une équipée toujours plus au dehors. Toshihiko Izutsu, dans son livre sur le Koan Zen, préfigure cette esthétique radicante : «toute chose ou entité vient à l’existence non par soi, mais par la multiplication des relations que cette chose peut entretenir avec d’autres ». Les concepts de « sujet » et d’ « essence » laissent la place ici à une grande réaction en chaîne – pratityasamutpada en sanskrit. « Chez les êtres vertigineux il y a plus de monde », ajoute Axelos.

Nous avons plongé dans ce workshop à travers un champ d’étincelles, pris des douches de particules, exploré des réactions thermonucléaires, en quête de radiations.

1% de la neige observée sur les écrans de vieux téléviseurs est générée par le FDC (fond diffus cosmologique), résidu électro-fantomatique du Big-Bang – espèce d’hyper-mega-nova dont la position et le rôle dans l’histoire sont aujourd’hui en cours de redéfinition (notamment à travers le scénario d’une pure et simple multiplication des « histoires »).

Photons, protons, neutrinos et autres particules composant le rayonnement cosmique nous bombardent tous les jours, et pour certaines, nous traversent de part en part. On entre ici dans la lumière noire et dans l’invisible du spectre contemporain. Aujourd’hui les théories des cordes, de l’inflation cosmique et les mesures de l’énergie sombre (énergie qui accélère l’expansion de notre région) tendent vers un nouveau “paysage” : un cosmos étendu, méga- ou multivers, où les univers naissent et éclatent en bulles ou (mem)branes à travers un vaste champ d’écume.

L’art comme la recherche s’aventurent dans le noir : les étudiants sont partis à la pêche. Chassant flux, photons et fantômes à la caméra, au téléphone, à l’intérieur de leur esprit, sur un écran. Elaborant petit à petit un morceau d’archive cosmique, un concentré de comportements quantiques. Composant le son de cette nuée de vibrations, pour un dialogue avec l’espace.

Le dispositif immersif pour Supernova s’est adapté aux proportions de l’abbaye, en la noyant d’obscurité, de brume et de rayons pour en faire vibrer le volume.

Expérimentations après expérimentations, les étudiants ont radicalisé leurs images, métamorphosé leurs lumières pour entrer dans une dynamique des fluides, de l’espace, de la sensation et du sensible – pour entrer dans une « grande » image et y plonger le spectateur, transformé ici en explorateur aux confins de lui-même.

Démocrite situe des images bien plus subtiles que ce que nous percevons, dans l’espace, flottantes entre les objets et véhiculant le monde. Ces images ou simulacres, « on peut les nommer membranes ou écorces, puisque chacune d’elles a la forme et l’aspect de l’objet dont elle émane pour errer dans l’espace… » (Lucrèce).

Aujourd’hui ces simulacres errants, à travers ce qu’on pourrait appeler un hypermatérialisme quantique, vibrent de nouvelles dimensions cachées.

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